Février 2025 : Après un début d’hiver plutôt favorable sur l’ensemble du bassin, un mois de février plus contrasté

Etang ambiance hivernale

Après des mois de décembre 2024 et janvier 2025 assez humides sur les reliefs du bassin, la pluviométrie de février 2025 est déficitaire de 30 à plus de 50% sur la moitié nord du bassin, les départements alpins jusqu'à la région niçoise et l'intérieur de la Provence. Le contraste est net avec la pluviométrie excédentaire de 50 à plus de 150% sur l'Ardèche, les Cévennes et sur le littoral, du Languedoc jusqu'à l'ouest du Var.

Les taux de remplissage des retenues alpines restent bas au 1er mars 2025, en raison du turbinage hivernal pour la production électrique et en prévision des précipitations printanières. Le remplissage des retenues est globalement dans les normales de saison sur le reste du bassin, à l'exception des retenues de l'arrière-pays des Pyrénées-Orientales.

Fin février 2025, les débits des cours d'eau reflètent l'hétérogénéité importante des précipitations entre les différents secteurs du bassin, avec une tendance à la baisse sur le nord du bassin, la Provence et le Roussillon, et une nette hausse sur la vallée du Rhône, les Cévennes et le Languedoc.

La situation sur les nappes du bassin au 1er mars 2025 est nettement plus favorable qu'en 2023 et 2024. La recharge hivernale se poursuit sur la majorité des nappes de l'axe Rhône-Saône et du sud du bassin, avec des niveaux proches des normales à hauts, et une amélioration notable des niveaux sur les nappes du Languedoc. Quelques nappes de la rive Est du Rhône et du Roussillon restent à des niveaux préoccupants, avec une recharge ralentie et localement un début de vidange. La situation sur les nappes du bassin au 1er mars 2025 est nettement plus favorable qu'en 2023 et 2024. La recharge hivernale se poursuit sur la majorité des nappes de l'axe Rhône-Saône et du sud du bassin, avec des niveaux proches des normales à hauts, et une amélioration notable des niveaux sur les nappes du Languedoc. Quelques nappes de la rive Est du Rhône et du Roussillon restent à des niveaux préoccupants, avec une recharge ralentie et localement un début de vidange.

1. Point météorologique : précipitations, températures, neige

Hiver météorologique 2024-2025 

Précipitations du 1er décembre 2024 au 1er mars 2025

L'hiver 2024-2025 a été copieusement arrosé du nord des Alpes à la basse vallée du Rhône, où l'excédent pluviométrique dépasse 30 à 40%. Sur la saison, le bilan est excédentaire en moyenne de 10 à 20% sur la région Rhône-Alpes. En revanche, le déficit pluviométrique est proche de 10% sur les Vosges et la Bourgogne-Franche-Comté. Il atteint 10 à 25% sur le reste de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et dépasse 50% sur le Languedoc-Roussillon.

Précipitations Hiver 2024-2025

Ensoleillement du 1er décembre 2024 au 1er mars 2025

Les nuages bas ont été particulièrement présents et tenaces sur la basse vallée de la Saône, le Lyonnais et la grande majorité du pourtour méditerranéen. Sur ces zones, le déficit d'ensoleillement cet hiver atteint 20 à 30%. Sur la Franche-Comté, l'Isère, la Drôme-Ardèche, les Cévennes et l'Aude, l'ensoleillement est excédentaire de 10 à 20%.

Pluviométrie mensuelle

Avec un cumul de précipitations agrégé de 53.5 mm sur le nord du bassin, soit 71% de la normale, février 2025 se situe au 18ᵉ rang des cumuls les plus faibles depuis 1959, avec une grande disparité géographique. Des Hautes-Alpes aux Savoies, les précipitations n'atteignent que 40 à 50% de la normale, voire 10 à 20% sur la Haute-Maurienne. De la Bourgogne à la Franche-Comté, le déficit est de 30 à 40%. En revanche, les cumuls atteignent 110 à 120% de la normale mensuelle sur les rives drômoises de la vallée du Rhône et jusqu'à 200% à 250% sur toute l'Ardèche.

Sur ce mois de février 2025, le contraste des cumuls mensuels est également important sur le sud du bassin. Suite à plusieurs épisodes cévenols, les cumuls sont anormalement élevés sur la Camargue, sur le Gard, sur l'est de l'Hérault ainsi que sur la Lozère. Ils sont de l'ordre de 100 à 250 mm, soit des excédents par rapport à la normale de 50 à 300%. Les cumuls mensuels sont aussi excédentaires de 50 à 150% sur l'est des Bouches-du-Rhône et les premiers reliefs varois, grâce aux remontées méditerranéennes de début de mois. En revanche, sur les départements alpins jusqu'à la région niçoise, l'intérieur de la Provence, les Pyrénées-Orientales et l'Aude, les cumuls sont anormalement bas, le déficit est de l'ordre de 60 à 80%.

Depuis septembre 2024, le cumul de précipitations agrégées sur le nord du bassin est de 703 mm, ce qui représente près de 110% de la normale. C'est le 16ᵉ cumul le plus élevé depuis 1959. De nombreux secteurs sont excédentaires, entre 110 et 150% de la normale sur les Alpes et l'Ardèche, et entre 105 à 125% sur la Franche-Comté. Du Dijonnais et la vallée du Rhône, les cumuls oscillent entre 90 à 110% de la normale. De la région de Montélimar au Tricastin, le déficit pluviométrique est compris entre 10 et 25%.

Depuis septembre 2024, les cumuls pluviométriques sont excédentaires de 10 à près de 50% sur les Cévennes Gardoise, la Lozère, les Alpes du Sud ainsi que sur le centre Var. Ils sont dans les normes sur la Camargue et le littoral azuréen. Les cumuls sont déficitaires de 10 à 20% sur le reste des Bouches-du-Rhône et l'ouest du Var, et de 20% à 50% sur le Vaucluse et le Languedoc-Roussillon.

Précipitations efficaces

Avec 38.3 mm de pluies efficaces agrégées sur le nord du bassin, contre une normale de 60.9 mm, c'est le 16ᵉ cumul le plus faible observé depuis 1959 (le record est de - 4.8 mm en février 2023). Les précipitations efficaces atteignent seulement 5 à 25 mm du Dijonnais à la Drôme provençale, ainsi qu'en Haute-Maurienne, soit un déficit de plus de 50%. Les précipitations efficaces s'échelonnent de 25 à 100 mm de la Franche-Comté aux Alpes du Nord, et de 75 à 125 mm sur les Vosges. Les cumuls varient de 150 à 250 mm sur les Cévennes, soit 2 à 4 fois la normale.

Les cumuls de pluies efficaces du mois de février 2025 sont de 25 à 100 mm du massif des Maures à la Camargue, sur le nord de la Lozère ainsi que sur l'ouest de l'Hérault, de 100 à 200 mm sur les garrigues et jusqu'à 200 à 250 mm sur les Cévennes Gardoises et le Mont Lozère. Elles sont nulles ou très faibles sur le reste du sud du bassin.

Depuis le 1ᵉʳ septembre 2024, le cumul de précipitations agrégées sur le nord du bassin atteint 545.9 mm, soit 110% de la normale. Il s'agit du 23ᵉ cumul le plus élevé depuis 1959. Les secteurs excédentaires de 10 à 50% se situent sur les Cévennes, avec des cumuls dépassant 1500 mm, et des Alpes au Jura, avec des cumuls entre 400 et 1250 mm. Du Dijonnais à la vallée du Rhône, les cumuls de 50 à 400 mm sont proches de la normale ou légèrement déficitaires. Entre la région de Montélimar et le Tricastin, le déficit est plus marqué, atteignant 25 à 50%.

Depuis le mois de septembre 2024, les pluies efficaces sont excédentaires de 20 à 50% sur les Cévennes Gardoise, sur la Lozère, sur le centre du Var ainsi que sur le massif alpin du Parpaillon . Elles sont déficitaires de 25 à 50% du littoral varois au Vaucluse et de 25 à 75% des Pyrénées-Orientales au sud de l'Hérault.

Aucun scénario n'est privilégié par Météo-France sur les mois d'avril, mai et juin 2025 à l'échelle du bassin concernant les précipitations.

Températures

En février 2025, les températures moyennes ont été de 1 à 3 °C au-dessus des normales sur la moitié sud du bassin, ainsi que sur les Vosges, la Franche-Comté et le sud de la Bourgogne. L'ensoleillement est pourtant resté faible sur l'arc méditerranéen, avec un déficit global de 10 et 30 %, localement 30 à 40 % dans le Gard, le Vaucluse et le Var.
 
Pour les mois d'avril, mai et juin 2025, le scénario plus chaud que la normale est le plus probable pour l'ensemble du bassin. Toutefois, des épisodes ponctuels plus frais ne sont pas exclus .
 

Enneigement

Fin février 2025, sur les Alpes, l'enneigement est très déficitaire en basse et moyenne montagne, et plus conforme à la normale à haute altitude, mais avec de forts contrastes selon l'exposition et les massifs.
 
L 'enneigement est anecdotique sur le Massif central, les Vosges et le Jura. Il est déficitaire sur les Pyrénées-Orientales au 1er mars 2025 .
 

2. Situation des retenues d'eau

Au 1er mars 2025, les retenues de Bourgogne-Franche-Comté conservent des taux de remplissage conformes aux normales de saison.

Les taux de remplissage des retenues alpines restent bas au 1er mars 2025, en raison du turbinage hivernal pour la production électrique et en perspective des précipitations de printemps.

Le taux de remplissage des retenues de Montpezat est inférieur à 50 % au 1er mars 2025. Le taux de remplissage des retenues du Chassezac est inférieur à 70 %.

Les retenues cévenoles et de l'arrière-pays languedocien conservent des niveaux conformes aux normales de saison. Les taux de remplissage des retenues multi-usages sont stables en plaine littorale du Roussillon et dans les Pyrénées-Orientales, mais restent en-dessous des normales.

Canaux VNF :

Au niveau national, le taux de remplissage des canaux VNF au 1er mars 2025 est de 92%, soit une hausse de 7% par rapport au 1er février, pour un taux moyen habituel de 81 % sur ces 10 dernières années.

Le taux de remplissage du Canal de Bourgogne , versant Saône, est de 97%. Ce taux était de 99% au 1er mars 2024 et de 56% au 1er mars 2023.

Le taux de remplissage du Canal du Midi est de 86% , soit une hausse de 10% par rapport au 1er février. Ce taux était de 75% au 1er mars 2024 et de 60% au 1er mars 2023.

3. Hydrologie : cours d'eau, hydraulicité, fleuve Rhône

Après un hiver légèrement au-dessus des normales de saison, les débits des cours d'eau passent sous les normales fin février 2025 sur la quasi-totalité de la Bourgogne-Franche-Comté. Les cours d'eau conservent une hydraulicité forte à très forte sur les secteurs de la Saône aval, du Rhône amont, de la vallée du Rhône et des Cévennes. Les débits s'améliorent sur le littoral azuréen et le Languedoc.

Fin février 2025, les débits sont inférieurs aux normales sur la Drôme et la Provence. Ils sont au- dessous, voire très au-dessous des normales sur les Bouches-du-Rhône et le Roussillon, avec une situation très préoccupante sur le département de l'Aude.

Fleuve Rhône :

Le mois de février 2025 se caractérise par une hydraulicité au-dessus de la moyenne interannuelle (1920-2025) en amont de Lyon, sur les stations de Bognes et de Perrache.

À l'inverse, en aval de Lyon, les faibles débits de la Saône pour cette période ont conduit à des valeurs inférieures à la normale aux stations de Ternay et de Valence. Plus en aval, la station de Beaucaire présente une hydraulicité supérieure à la moyenne, soutenue par les apports des affluents des zones bien arrosées de l'Ardèche et du Gard.

Coefficient d’hydraulicité du fleuve Rhône sur 12 mois, de 2020 à 2025

 

BOGNES

TERNAY

VALENCE

BEAUCAIRE

mars 2020 − février 2021

1.04

0.94

0.93

0.90

mars 2021 − février 2022

1.00

0.99

0.96

0.89

mars 2022 − février 2023

0.84

0.65

0.62

0.59

mars 2023 − février 2024

1.19

1.07

1.06

1.00

mars 2024 – février 2025

1.18

1.14

1.14

1.24

Source : Compagnie nationale du Rhône (CNR)
 

4. Humidité des sols

Depuis le 1er février 2025, les sols se sont légèrement asséchés sur le nord du bassin, revenant globalement dans les normales de saison sur les plaines de Bourgogne-Franche-Comté et de Rhône-Alpes.

Au 1 er mars 2025, l'indice d'humidité des sols reste supérieur à la normale de 10 à 30% sur les Vosges, le Jura, la basse Ardèche, la Chartreuse et le Chablais. Les sols restent par endroits plus humides à inhabituellement humides sur les Alpes du Nord.

Sur le sud du bassin, depuis le 1er février 2025, les sols se sont humidifiés sur les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse et le littoral de l'Hérault. Ils restent très humides sur le Gard et la Lozère, voire saturés sur les Cévennes. Ils se sont légèrement asséchés sur les Alpes du Sud, le Var et l'arrière-pays audois et restent secs sur les Pyrénées-Orientales et le littoral audois.

Au 1 er mars 2025, l'indice d'humidité des sols est supérieur à la normale de 10 à 40% sur l'est de l'Hérault, le Gard et le sud de la Lozère. Il est légèrement inférieur de 10% à la normale entre Avignon et le pays aixois et de 20 à 60% du Minervois aux Pyrénées-Orientales.

5. Situation des nappes d'eaux souterraines

La recharge a débuté dès septembre 2024 sur les secteurs arrosés du bassin abritant des nappes réactives, et s'est généralisée courant octobre à la quasi-totalité des nappes. La recharge a ensuite été très active en octobre puis a fortement ralenti en novembre. Elle a ensuite repris en décembre et janvier sur le nord du bassin. En janvier 2025, seules les nappes du Roussillon, certaines nappes du Languedoc à la Provence et les nappes de l'Ain observaient des niveaux bas à très bas.

En février 2025, seule la partie sud du bassin a bénéficié de pluies efficaces excédentaires.

Les nappes du sud du Massif central, du Languedoc (sauf Aude), du Rhône inférieur, de la Provence et de la Côte-d'Azur ont bénéficié de plusieurs épisodes de recharge courant février. Les niveaux sont généralement en forte hausse, notamment sur l'est du Languedoc et la bordure cévenole. Les évolutions peuvent être hétérogènes, selon les pluies locales, sur les nappes du Bas-Rhône et de la Durance et sur celles des Grands Causses.

Les tendances s'inversent sur les nappes réactives de la vallée de l'Aude et du Roussillon, qui observent des niveaux stables ou en baisse, car les pluies efficaces ne permettent plus de compenser les sorties vers les exutoires naturels (cours d'eau, sources, mer) et les prélèvements.

Quelques situations locales restent fragiles, avec des niveaux bas, sur l'aval de la vallée de l'Aude, faiblement arrosé en février, et sur la nappe de l'Astien. Les nappes de la plaine du Roussillon et du Massif des Corbières restent toujours à des niveaux bas à très bas. Les précipitations de ces derniers mois sont encore très insuffisantes pour compenser les déficits pluviométriques accumulés depuis près de 3 ans sur les Pyrénées-Orientales.

Concernant les nappes inertielles, les situations n'évoluent que très lentement et restent très proches de celles de janvier 2025. Sur le couloir de la Saône (Dijonnais, Bresse et Dombes), les pluies hivernales s'infiltrent lentement et arrivent progressivement jusqu'aux nappes. La recharge se poursuit mais ralentit sur les secteurs moins inertiels. Sur les nappes inertielles du couloir du Rhône, la situation se dégrade d'amont vers l'aval, conséquence de l'hétérogénéité des pluies de ces derniers mois. La recharge reste faible, mais les niveaux sont au-dessus des normales mensuelles sur l'Avant-Pays savoyard et l'Est-Lyonnais, proches des normales sur le Nord-Isère et modérément bas sur le Bas-Dauphiné.

6. Mesures d'anticipation et de restriction des usages de l'eau

Au 1er mars 2025, 5 départements du bassin Rhône-Méditerranée sur 27 ont des secteurs en vigilance ou sont concernés par des mesures de restriction de l'usage de l'eau, principalement dans le Roussillon.

Publié le 31/03/2025